Amour, amitié et travail : les différences entre l'Afrique, l'Europe et les Caraïbes
Mahatma Gandhi disait : “notre capacité d’atteindre l'unité dans la diversité sera la beauté et le test de notre civilisation.”
S’il y a une chose que mes expériences professionnelles m’ont apprise, c’est l’habileté à quitter ma zone de confort pour m’intégrer dans une nouvelle culture avec ses usages, ses codes et ses langues. Je crois profondément qu’il y a une richesse inouïe qui se cache dans la diversité. J’ai donc eu envie, à travers les quelques lignes de cet article, d’explorer avec vous les dynamiques qui ont marqué mon parcours et façonné la personne que je suis aujourd'hui, tant sur le plan professionnel qu'extra-professionnel.
Amour et amitié : voyageons au cœur des relations
À chaque fois que je me suis installée dans un nouveau pays, mon premier réflexe a été d’apprendre à connaître les habitants locaux. J’ai d’ailleurs toujours trouvé surprenant que certaines personnes, bien qu'elles prônent l'intégration dans leur propre pays, ne montrent aucune volonté de s'intégrer lorsqu'elles s’installent à l'étranger. Or tu ne peux réellement maîtriser un pays qu’à travers la connaissance que tu as de son peuple, de ses us et coutumes.
Je me souviens quand je me suis installée à l’île de la Réunion, j’ai commencé à parler créole au bout de quelques mois parce que les personnes avec qui je passais le plus clair de mon temps étaient des Créoles. Je faisais des erreurs et je n’avais pas du tout l’accent (spoiler alert : je ne l’ai toujours pas), mais lorsqu’un Créole m’entendait parler, il était tellement content de me voir essayer, que mon intégration devenait de fait beaucoup plus facile.
Alors, conseil d’amie, lorsque vous vous installez dans un nouveau pays, apprenez à être confortable dans l’inconfort qu’impose l’intégration. Soyez ouverts, allez vers les autres, et ne plongez pas dans le piège de vous familiariser uniquement avec vos semblables. Concernant les relations amoureuses, voici ce que j’ai pu observer après avoir vécu sur trois continents, dans six régions différentes :
En Europe : je résumerai mes observations en trois mots : digital dating era (ou l’ère des relations digitales). Il existe au sein des sociétés très mondialisées comme en Europe une hyperconnectivité qui met à l’épreuve la conception traditionnelle du couple et des rencontres, mais qui d’un autre côté permet à ceux qui étaient lésés par les codes traditionnels de s’épanouir. Ceux qui s’estiment trop timides pour approcher quelqu’un dans la “vraie vie” ; ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir faire des rencontres ; ou encore ceux qui veulent rencontrer des personnes ailleurs que dans leurs cercles. En somme, je dirais que la digitalisation des relations en Europe est une bonne chose si et seulement si elle est justifiée par des convictions personnelles, et si l’utilisation de ces plateformes est faite dans la vigilance et le respect des lois et de la morale.
En Afrique subsaharienne : j’ai observé ce que j’ai baptisé “la génération tampon”. C’est cette génération qui fait le pont entre les valeurs traditionnelles du couple transmises par leurs parents et les nouveaux enjeux qui naissent de l’évolution de la société. Par exemple, le fait que de plus en plus de femmes travaillent et gagnent parfois bien plus que leurs conjoints : comment concilier leur liberté morale et financière avec les valeurs de soumission qui leur ont été inculquées ? (Sous réserve qu’il y ait eu des valeurs patriarcales préexistantes). J’ai observé une génération qui peine à trouver sa place, naviguant entre volonté de modernité et fidélité aux valeurs traditionalistes.
Dans les Caraïbes : Il est un phénomène que tous ceux ayant vécu sur une île peuvent attester : la beauté des paysages imprègne les rencontres et les relations d'une aura particulière. Je n’en dirai pas plus, pour attiser votre curiosité et vous laisser le soin d’expérimenter par vous-même la magie des lieux. Alors, quiconque après avoir lu ces quelques lignes nourrirait la curiosité de découvrir ce mystère par lui-même, que vos découvertes vous apportent la même joie et la même richesse qu’elles m’ont apportées.
Continuons maintenant en examinant la manière dont le travail est conceptualisé dans ces différentes régions.
Caraïbes
Préjugé : les Caribéens sont flemmards et n’aiment pas travailler.
Réalité : du patriarche qui laboure son champ aux aurores à la jeune fille qui cumule deux boulots pour réaliser ses projets, croyez-moi, les Caribéens travaillent.
Le fait est que, comme dans toute société, il y a des actifs et des moins actifs. Pour j’ignore quelle raison, les Caribéens ont presque toujours été stigmatisés comme appartenant à la deuxième catégorie. Il est important ici de dissocier la situation économique (taux de chômage, pouvoir d’achat, etc.) de la notion de travail en tant que valeur, qui elle, tient indiscutablement une place centrale dans la culture caribéenne.
Europe
Les constitutions étatiques, harmonisées par le droit communautaire, ont développé un faisceau de critères entourant la notion de travail : heures limitées, avantages sociaux, droit de grève, etc. Ces critères qui forment le squelette du travail en Europe créent parfois de l’incompréhension chez d’autres cultures qui estiment leurs voisins trop bien lotis pour se plaindre. Je crois qu’il est important de connaître l’histoire de ces nations pour comprendre leur rapport au travail et les revendications qui en découlent. Prenons l’exemple de la France : la Révolution de 1789 a indubitablement influencé les mentalités. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qualifie la liberté d’opinion et d’expression de “droit le plus précieux de l’homme”.
Ainsi, là où certains voient plaintes et lamentations, d’autres discernent la continuité d’un combat initié par leurs pairs trois siècles plus tôt.
Afrique (disclaimer : il est ici question d’Afrique subsaharienne)
Je suis convaincue que l’Africain est l’un des plus grands entrepreneurs que notre civilisation ait connu. Nul besoin d’évoquer le royaume de Mansa Moussa au Mali, l’empire du Ghana ou le royaume Monomotapa d’Afrique australe pour le prouver. Contentons nous d’observer les communautés rurales aujourd’hui : la cultivation des terres, la pêche, l’élevage, l’artisanat.
Allez, visitez les zones rurales d’Afrique subsaharienne, et vous verrez comment la notion de travail est matérialisée par l’exercice autonome de talents, de connaissances et de dons transmis de génération en génération. L’Afrique a cette richesse naturelle qui pousse ses occupants à entreprendre, investir et innover. Les populations ont créé des mécanismes pour permettre à ces projets de voir le jour : tontines ou microfinances, les Africains du Continent et de la diaspora mettent tous la main à la pâte pour (re)faire de cette terre l’eldorado économique qu’il eusse été.
Expérimenter le multiculturalisme est sans doute l'une des plus grandes richesses que Dieu m’ait accordée de vivre sur cette terre (so far). Parler plus de trois langues, avoir des amis de tous horizons, cultiver la tolérance et la compréhension de l’autre. Ma manière de parler, ma façon de m’habiller, ce que je mange, mes aspirations professionnelles, ma conception de la famille : tout cela a été profondément façonné par cette richesse culturelle qui m'anime. Une richesse que je vous souhaite à tous de connaître, quelques soient vos horizons.